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Candide ou l’Optimisme au TNM : une adaptation « un peu brouillon »

Le Théâtre du Nouveau Monde débute officiellement sa saison 2017-2018 ce mois-ci, et la pièce qui a l’honneur d’inaugurer cette nouvelle saison s’avère un classique indémodable : Candide. Pour s’attaquer à ce chef-d’œuvre de Voltaire, deux créateurs chevronnés se sont retrouvés : le dramaturge Pierre-Yves Lemieux et la metteure en scène Alice Ronfard, qui ne s’étaient pas revus depuis Tristan et Iseult au TNM il y a quinze ans. Les deux artistes ont fait le pari d’une adaptation audacieuse et très libre du conte philosophique de Voltaire, dans lequel l’auteur, personnifié par un Emmanuel Schwartz en pleine forme, réunit des amis à la campagne afin de s’adonner à des répétitions de l’œuvre qu’il est en train de rédiger, Candide. La pièce alterne donc entre les segments où Voltaire et ses amis discutent du processus de création et de questions existentielles liées à l’œuvre en devenir ainsi que des passages où l’histoire de la quête de Candide et ses acolytes se déroule sous nos yeux, tout ce beau monde étant personnifié par le groupe d’amis de Voltaire.

 

D’emblée, le pari d’adapter cette œuvre aussi librement était très périlleux. En effet, bien que la mise en scène soit plutôt convaincante et procure aux spectateurs des moments très rigolos lors des interactions entre les différents personnages (personnifiés par les excellents Patrice Coquereau, Valérie Blais, Larissa Corriveau et Benoît Drouin-Germain), le fait d’alterner constamment entre l’histoire de Candide et celle de Voltaire et son groupe d’amis porte légèrement à confusion, tant le texte est dense pour une présentation si courte et sans entracte (1h45 minutes). La quête de Candide va dans tous les sens ; lui et ses amis voyagent aux quatre coins du monde et, au cours de leurs pérégrinations, ils assistent et vivent tous les massacres possibles (meurtres, viols, exécutions manquées, torture) d’une violence au-delà de l’entendement. Devenus des écorchés de la vie, ils relatent tous ces événements éprouvants de la manière la plus banale possible, sur un ton presque badin. À certains moments, l’humour noir semble peu approprié pour des circonstances aussi dramatiques. Le tout est entrecoupé de monologues interminables émaillés constamment de questions et de réflexions existentielles à n’en plus finir.

Les passages mettant en scène Voltaire et ses amis finissent alors par se confondre avec ceux racontant la quête de Candide. Bref, on se perd dans cette adaptation « un peu brouillon » de Candide où il semble que les créateurs aient voulu insérer tellement de matière et de texte que le message qu’ils ont voulu passer perd de sa force. On comprend évidemment que l’histoire de Candide est celle d’un jeune homme naïf qui perd ses illusions à force de découvrir le monde, mais finit tout de même par retrouver le bonheur et aimer la vie, entouré des siens. La morale de l’histoire, explicitement relatée dans le (très long) monologue de la fin, est la suivante : il faut travailler pour éviter de trop penser. Il faut cultiver son jardin intérieur. D’accord. Tout ça pour ça… Le constat est clair : cette création aurait beaucoup gagné à être synthétisée. Car, comme le dit le proverbe, qui trop embrasse mal étreint.

 

Du 11 septembre au 6 octobre 2018 au TNM au Montréal ( ici )

Crédit photo : Yves Renaud
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