Le Contemporaliste

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La pièce Saint-André-de-l’Épouvante: à vos risques!

Entretien avec l’acteur et directeur artistique Dany Michaud

Dany Michaud est acteur depuis plusieurs années déjà. C’est toutefois son rôle de directeur artistique des Productions À tour de rôle en Gaspésie qui l’a mené à créer la pièce Saint-André-de-l’Épouvante. La compagnie existe depuis 35 ans ; Michaud en est le directeur artistique depuis cinq ans. Elle a pour but principal de développer une jeune dramaturgie québécoise, plus précisément d’aider les jeunes auteurs à obtenir une tribune. Ce théâtre est estival. Michaud y présente ce qu’il décrit comme des comédies intelligentes. Au fil des années, plusieurs jeunes auteurs ont pu être joués grâce à ce théâtre ; parmi ceux-ci nous pouvons citer les noms de Philippe Ducroux et Évelyne de la Chenelière. Si ce théâtre vise un grand public, il dispose aussi de la belle liberté de faire la promotion de jeunes auteurs, dont un certain Samuel Archibald. Dany Michaud est l’instigateur du projet ayant mené à la création de la pièce Saint-André-de-l’Épouvante, qui sera bientôt à l’affiche à l’Espace Go. Elle a vu le jour quand il a approché Samuel Archibald, dont il avait apprécié le recueil de nouvelles Arvida, plébiscité d’ailleurs par la critique. Il avait particulièrement aimé le mélange des genres dans ce recueil, plus précisément le fait qu’on pouvait passer de l’étrange à l’épouvante et du fantastique à l’horreur dans une même nouvelle. Il trouvait qu’on ne voyait pas souvent ce genre d’histoire au théâtre. C’est ainsi qu’il a rencontré Archibald pour lui parler d’un projet potentiel et que lui aussi a eu envie d’écrire une pièce d’épouvante. Au départ, tout ce que l’écrivain savait, c’était qu’il était fasciné par le village de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, communément appelé Saint-André-de-l’Épouvante en raison de la Chute de l’Épouvante sur la rivière Métabetchouane. Cette source d’inspiration l’a amené à créer le concept suivant : un soir de déluge à Saint-André-de-l’Épouvante durant lequel l’électricité fait défaut, cinq personnes ordinaires et sans histoire (du moins, en apparence!) se rencontrent dans un bar. Elles se mettent alors à raconter des histoires de peur, comme on ferait entre amis autour d’un feu. Toutefois, rapidement, les choses se corsent. Plus la soirée avance, plus on se rend compte que non seulement les histoires d’épouvantes sont en réalité les histoires personnelles de chacun, mais que tous ont un rôle à jouer dans leurs histoires. Puis, chacun constate que les histoires sont plus grandes qu’eux-mêmes. Elles finissent par prendre le dessus sur eux!

Dany incarne Mario, l’un de ces gars ordinaires typiques. Il qualifie ce personnage d’ « homme de peu de mots », plutôt taciturne, qui travaille dans la construction et préfère la solitude dans le bois à la compagnie des humains. Cela ne l’empêche pas d’avoir son histoire personnelle, un malheur qu’il traîne derrière lui comme un boulet, sa femme, morte très jeune dans des circonstances l’ayant traumatisé. Mario a manifestement des choses à régler sur ce plan… comme les autres personnages ont d’autres choses à régler, eux qui ne sont pas tant des gens si ordinaires que cela!

La force de la pièce réside dans le fait qu’elle joue sur les craintes personnelles de tous et le regain d’intérêt pour le fantastique et le « plus grand que soi ». L’histoire nous fait comprendre de ne jamais juger son prochain sur les apparences et aborde plusieurs thèmes, tels que la perte de contrôle sur sa destinée, la mémoire, etc. Elle ne fait toutefois pas dans le sanglant : ce qui fera frissonner les spectateurs viendra de l’intérieur d’eux-mêmes…

Les créateurs de la pièce ont réussi un véritable tour de force en parvenant à rejoindre un public-cible reconnu comme étant très difficile à rejoindre : la majorité des spectateurs en région était constituée de jeunes âgés entre 18 et 35 ans. C’est que le jeune public s’intéresse beaucoup au fantastique, genre rarement représenté dans le théâtre québécois. En plus, pour le plus grand plaisir des spectateurs saguenéens, l’histoire se passait dans un village à une heure de chez eux! Ils étaient littéralement fascinés! Michaud croit toutefois que le public montréalais pourra autant apprécier cette pièce que le public en région car le terroir ne se limite pas à la campagne québécoise, loin de là même! Ne possède-t-on pas chacun son propre terroir intérieur?

Du 18 février au 12 mars 2016 à l’Espace Go

Crédit photo : Reik Von Wittelsbach | Le Contemporaliste
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