Le Contemporaliste

Curateur de bien-être et art de vivre masculin depuis 2012

Fierté Montréal 2025 : pourquoi c’est encore nécessaire

Du 31 juillet au 10 août 2025, Montréal accueillera la 19ᵉ édition de Fierté Montréal. Ce qui avait commencé en 2007 comme un événement local est devenu, au fil des ans, le plus grand rassemblement LGBTQ+ francophone. Concerts, panels, art visuel, journées communautaires et bien sûr le célèbre défilé : la programmation s’annonce riche et festive, mais ce festival demeure d’abord et avant tout un espace de revendication. En 2025, à une époque où l’on pourrait croire que les droits sont acquis et la tolérance généralisée, il est essentiel de rappeler pourquoi Fierté Montréal n’a rien perdu de sa pertinence. Non, ce n’est pas une redondance folklorique. C’est une nécessité politique, sociale et humaine.

Dans l’imaginaire collectif, particulièrement chez les personnes cisgenres et hétérosexuelles vivant dans des grands centres urbains, l’idée que « les choses vont bien pour les personnes LGBTQ+ » s’est progressivement imposée. On cite le mariage égalitaire, l’interdiction des thérapies de conversion, des campagnes publicitaires plus inclusives. Pourtant, sur le terrain, la réalité est beaucoup plus nuancée, et parfois brutale. Au Québec, les signalements de crimes haineux à caractère homophobe ou transphobe sont en hausse. L’accès aux soins médicaux spécialisés pour les personnes trans reste inégal, en particulier en région. Dans les écoles, les jeunes queer se heurtent encore à de l’intimidation, du rejet ou au silence. Et dans d’autres pays — y compris certains que fréquentent des touristes québécois chaque hiver — les droits reculent de manière dramatique. Dans ce contexte, le simple fait de s’afficher publiquement, de prendre la rue avec fierté, d’élever la voix collectivement, devient un acte de résistance.

Fierté Montréal, c’est aussi un espace de visibilité. Pour beaucoup de personnes issues des communautés LGBTQIA2S+, ce festival est la seule période de l’année où elles peuvent exister pleinement, sans avoir à se justifier, sans avoir peur. Voir des drapeaux arc-en-ciel flotter au centre-ville, entendre des artistes queer sur scène, croiser des couples de toutes les orientations se tenir la main en public, ce n’est pas anodin. Pour un jeune qui se cherche, pour une personne aînée qui sort du placard tardivement, pour un immigrant LGBTQ+ ayant fui la persécution, ces images ont un poids immense. Elles donnent du courage, elles offrent un repère, elles disent : « tu n’es pas seul, et tu as ta place ici ».

Bien sûr, Fierté Montréal est aussi une fête. Mais il ne faut pas sous-estimer le pouvoir politique de la joie. Pour des communautés qui ont longtemps été réduites au silence, à la honte, à la marginalité, le simple fait de célébrer publiquement qui elles sont constitue une forme de réparation. Danser, défiler, se costumer, c’est revendiquer l’espace avec éclat. C’est aussi rappeler que l’identité queer n’est pas qu’un sujet de souffrance ou de militantisme : c’est aussi de l’amour, de la créativité, de la légèreté, et une profonde capacité de résilience.

En 2025, la tenue de Fierté Montréal n’est donc pas un caprice. C’est une réponse à un besoin collectif de se voir, de se rassembler, de créer du sens et du lien. C’est une manière de rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus avant, et d’ouvrir la voie à une génération qui mérite de vivre librement. Tant qu’une personne devra cacher qui elle est pour garder son emploi, tant qu’un adolescent se demandera s’il mérite d’exister, tant que le monde tolérera l’intolérable sous prétexte de tradition ou de croyance, il faudra que la Fierté prenne la rue. Non pas pour choquer. Mais pour exister. Simplement, et avec dignité.

Retrouvez la programmation de Fierté Montréal juste (ici)

Suivez-nous !

Abonnez-vous !