Le Contemporaliste

L'homme et ses facettes.

Britannicus au TNM : la naissance d’un monstre!

On a rarement la chance de voir des œuvres de Racine mises en scène au Québec. En effet, les textes de ce tragédien du XVIIe siècle, rédigés en alexandrin, peuvent sembler difficiles d’accès et plutôt arides pour le spectateur d’aujourd’hui. Or, le metteur en scène Florent Siaud a osé s’atteler à la tâche colossale de monter une œuvre de ce monstre sacré du théâtre français, nulle autre que Britannicus, une tragédie très freudienne sur fond de machinations politiques.

Fruit d’un précédent mariage de sa mère Agrippine, qui a épousé en secondes noces l’empereur Claude, Néron est parvenu au trône grâce aux machinations de sa mère, qui est parvenue à faire de son premier fils un empereur en écartant du pouvoir son second fils, l’héritier légitime du trône, qu’elle a eu avec Claude. D’emblée, Sylvie Drapeau s’avère époustouflante dans le rôle d’une Agrippine autoritaire, colérique et machiavélique, qui refuse de relâcher son emprise sur son fils Néron, sa création. Toutefois, celui-ci, joué par Francis Ducharme, cherche à s’affranchir de la domination de sa mère. Révolté, il fait tout en son pouvoir pour affirmer son autorité sur celle de sa génitrice, enragée de voir son influence sur son fils diminuer. Ducharme incarne brillamment ce Néron à la fois dandy, colérique et impulsif, qui, jeune et influençable, est entouré de conseillers aux desseins divergents, qui cherchent à influencer ses décisions, souvent pour le pire. Voulant faire à sa tête, au grand dam de sa mère, Néron se met alors en tête de voler la fiancée de son frère Britannicus, Junie (Évelyne Rompré), et d’éliminer celui-ci par peur que celui-ci usurpe sa place sur le trône. C’est avec une grande intensité qu’Éric Robidoux joue un Britannicus inquiet pour son amoureuse. La tragédie se terminera évidemment dans un bain de sang, et c’est avec stupeur qu’Agrippine constatera qu’elle a créé un monstre, complètement hors de contrôle.

Étant donné que le texte de Racine constitue essentiellement un duel verbal en alexandrin entre les différents personnages, le minimalisme des décors et de la mise en scène s’avère un choix judicieux. On est ainsi à même de se concentrer davantage sur les mots de Racine, déclamés par des acteurs au jeu impeccable, le tout appuyé par une musique angoissante, dont l’intensité est toujours croissante. C’est donc avec un véritable plaisir qu’on se laisse transporter dans l’univers tragique de Racine vu par Florent Siaud. Quelques scènes marqueront les esprits, comme la confrontation magistrale entre Agrippine et Néron, qui se termine par la soumission du fils à sa mère, ou encore la scène du banquet de la fin, où Britannicus est littéralement ivre de joie de s’être supposément réconcilié avec son frère. Bref, il s’agit d’une production à voir absolument!

Une pièce poignante!

Jusqu’au 20 avril au Théâtre du Nouveau Monde, de Montréal, au Québec. Achetez vos billets ( ici )

1 J'aime
Partagez cet article !
  • 69
  • 23
  • 11
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Écrire un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée

Suivez-nous !

Abonnez-vous !