MON OPINION : le maquillage masculin comme acte de maîtrise, pas de déguisement.
Le maquillage chez les hommes reste un territoire flou, souvent jugé, rarement expliqué. Quand il n’est pas complètement effacé des discours, il surgit dans des formes hyper-médiatisées, parfois caricaturales — tutoriels ultra-transformateurs, looks de scène, esthétique « femme fatale » sur peau d’homme. Ces images, bien qu’importantes pour la représentation et la liberté d’expression, laissent peu de place à d’autres récits. Peu de place à la simplicité, à l’intimité, au fonctionnel. Peu de place à ceux qui veulent se maquiller sans performer.
Moi, je ne veux ni disparaître, ni provoquer. Je veux juste être en cohérence.
J’ai commencé à me maquiller non pas pour séduire, ni pour masquer. Encore moins pour me réinventer. J’ai commencé à me maquiller pour me tenir droit. Il y a des gens qui se recentrent avec une séance de yoga ou une promenade en forêt. Moi, c’est dans la précision d’un geste, la maîtrise d’une matière, le calme d’une routine.
Je ne cherche pas à être plus beau. Je cherche à me sentir en place. À cadrer mon visage, comme je cadre mes pensées.
J’ai une structure mentale anxieuse. Je prévois, j’anticipe, je contrôle. Et paradoxalement, c’est ce même besoin de contrôle qui rend le maquillage si apaisant pour moi. C’est un geste lent, concentré, maîtrisé. Il n’y a rien de spectaculaire là-dedans. Juste moi, face au miroir, qui me prépare à affronter la journée. Ça me donne une sensation d’ordre. De cohérence. D’ancrage.
Je n’utilise que peu de produits, mais je les connais bien. Un bronzer bien dosé, une poudre bien placée. Zéro paillettes, zéro effet « wow ». Je suis influencé par les années 90, par ces maquillages mats, sobres, en tons beiges et bruns. Des couleurs neutres, terreuses, rassurantes. Celles qui ne cherchent pas à attirer l’attention, mais qui structurent. Qui donnent du relief sans exagération. C’est une esthétique qui me parle : épurée, stable, intemporelle.
Je ne brille pas. Je tiens.
Et surtout, je ne joue pas un rôle. Je ne m’invente pas un personnage. Le maquillage, pour moi, n’est pas un déguisement. C’est un cadre. Un outil. Une routine qui soutient ce que je suis, plutôt que d’en faire un spectacle. Je crois qu’on peut se maquiller sans se trahir. Sans surjouer. Juste pour se rappeler qu’on existe, qu’on a une place, et qu’on a le droit de la prendre.
Je n’ai rien à cacher, rien à prouver. J’ai simplement trouvé, dans le maquillage, une manière de m’appuyer sur moi-même. Une façon d’habiter mon image, sans bruit. D’assumer ma présence, sans artifice.
Et vous, quelle place votre image occupe-t-elle dans votre équilibre intérieur?