Le Contemporaliste

L'homme et ses facettes.

Nelligan au TNM : bouleversant et très juste!

Créé il y a trente ans exactement, soit en 1990, l’opéra de Nelligan est de retour sur la scène du TNM. Écrit par Michel Tremblay et mis en scène par Normand Chouinard, il met notamment en vedette Dominique Côté dans le rôle de Nelligan jeune et Marc Hervieux qui incarne Nelligan vieux.


L’opéra s’ouvre sur le décor gris d’un hôpital psychiatrique. En 1941, interné à Saint-Jean-de-Dieu, Nelligan, à la veille de sa mort, est incapable de réciter Le vaisseau d’or, au grand désespoir de ses admirateurs qui viennent le visiter. Il constate que sa mémoire lui fait défaut, et c’est un prétexte pour se remémorer les événements marquants de l’année de ses 19 ans, qui fut aussi exaltante que destructrice.


D’emblée, on constate que la scène très dépouillée et sobre, tout comme la mise en scène d’ailleurs. On passe du lit de fer de l’hôpital psychiatrique à un quai, où est réunie la famille Nelligan qui passe les vacances sur le bord du fleuve. C’est l’occasion de brosser le portrait de cette famille coupée en deux : d’un côté, le père irlandais anglophone et ses deux filles, et de l’autre, la mère francophone, Émilie Hudon (jouée par l’excellente Kathleen Fortin) et son fils, Émile Nelligan, qui a choisi la langue de sa mère, au grand dam de son père, qui voudrait qu’il s’intéresse à autre chose que la poésie. Par la suite, on se retrouve dans un autre tableau en compagnie de Nelligan et ses deux amis poètes, Charles Gill et Arthur de Bussières, qui ont une discussion passionnée (et avinée) au sujets des poètes français du XIXe siècle.


Dans cette première partie du spectacle, on suit Nelligan durant sa jeunesse, caractérisée par des moments de créativité et d’exaltation intenses, ainsi que par ses conflits répétés avec son père, qui réprime cruellement sa vocation, et sa relation fusionnelle avec sa mère. Kathleen Fortin se démarque grandement dans ce rôle, où elle parvient à représenter toute la douleur et l’amour d’une mère qui tente par tous les moyens de protéger son fils contre lui-même et le reste du monde. En arrière-plan, le spectre de Nelligan vieux, le regard hagard, se promène toujours, perdu dans ses souvenirs épars.


Le baryton Dominique Côté qui, rappelons-le, incarne Nelligan jeune, se démarque également par son jeu sensible, fougueux et passionné. Son interprétation de La romance du vin fait d’ailleurs vivre aux spectateurs un moment de transcendance tant celle-ci est juste et exaltante. Sa voix se confond à l’occasion avec celle de son double plus âgé, pour notre plus grand bonheur. La première partie se termine sur ce moment magique.


La seconde partie est consacrée à la descente aux enfers de Nelligan, tyrannisé par un père despotique. On voit alors le poète sombrer peu à peu dans la folie. Sa douleur est prenante et les moments bouleversants se succèdent. Une scène marquante est celle où Nelligan vieux chante une berceuse à son double plus jeune, dont l’entourage, ou plutôt « les loups », viennent le chercher pour le faire enfermer à l’hôpital psychiatrique. Il crie alors : « Défends-toi! », tandis que le cercle se referme sur Nelligan. La scène finale s’avère particulièrement bouleversante, alors que c’est un Nelligan brisé qui récite Le vaisseau d’or, accompagné de la musique triste d’André Gagnon. C’est tout le destin tragique de Nelligan, et en quelque sorte celui du Québec de cette époque, qui défile devant nous, et c’est d’une tristesse infinie. C’est le malheur d’être en avance sur son temps. À voir absolument!

Jusqu’au 8 février 2020 au Théâtre du Nouveau Monde. Supplémentaires du 9 au 19 février 2020.

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Photo By: Yves Renaud

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